Le papier fait de la résistance!
Lundi 4 décembre 2006
Avec plus de 80 milliards de messages échangés en moyenne chaque jour dans le monde,
le courrier électronique connaît un développement exponentiel sans
précédent. À tel point que l'industrie postale traditionnelle
s'inquiète. Pourtant, loin d'être définitivement éclipsé par les
nouvelles technologies, le bon vieux courrier papier fait de la résistance et de nouveaux
métiers se développent.
Courrier manuscrit en date du « 21 frimaire an 12 »
( 13 décembre 1803) un artisan y présente sa collection de tissu.(partie droite)
Courrier manuscrit en date du « 21 frimaire an 12 » ( 13 décembre 1803) un
artisan y présente sa collection de tissu.(partie gauche)
Le courrier papier est voué à disparaître ! Voici le refrain entendu depuis plusieurs années
face à l'utilisation massive et croissante de la messagerie électronique. Philatélistes,
professionnels du secteur postal traditionnel, industrie du papier, amoureux de la plume et de la langue
française ou simples nostalgiques du papier à lettres, nombreux sont ceux qui tirent la sonnette d'alarme.
Et la situation a certainement de quoi les inquiéter, puisque le volume de courrier électronique
échangé dans le monde n'a jamais été si élevé. Radicati, un cabinet
américain, évoque une croissance annuelle de 35%, et un volume quotidien qui a atteint 135 milliards en
2005, dont plus de 80% émis par les entreprises. Le nombre d'adeptes croît également de façon
exponentielle, et l'on comptera plus de 970 millions de comptes de messageries électroniques en 2008, contre 690
millions en 2004. Il faut dire que ce nouveau mode de communication a de quoi séduire, surtout à l'heure
où globalisation, numérisation et rapidité du transfert d'information sont devenues les leitmotivs
de notre société. Il faut aller vite, et transmettre l'information dans les plus brefs délais, sous
peine de perdre un contrat, de rater un rendez-vous, ou de passer à côté d'une information
essentielle. La célèbre expression « le temps, c'est de l'argent » y prend d'ailleurs tout son
sens. La rapidité, et même le côté quasi instantané des messageries
électroniques séduisent donc les entreprises, qui détournent ainsi la contrainte des délais
postaux. Des délais qui peuvent devenir longs dans le réseau postal traditionnel, dés lors que l'on
s'adresse à l'international.
Le courrier électronique offre un confort d'utilisation sans précédent.
Courrier électronique en date du 25 novembre 2006.
Mais l'attrait du courrier électronique ne s'arrête pas à une question de rapidité
de transfert d'information, puisqu'il offre un confort important à ses utilisateurs.
Possibilités d'envois groupés à des destinataires multiples, avec option de copies
cachées, possibilités accrues de tri, de recherche et d'archivage, souplesse dans ses formes
d'utilisation, possibilité d'intégration entre différents médias et moyens de
communication, faiblesse du coût global d'utilisation. Pourtant, les entreprises ne sont pas les seuls
acteurs économiques et sociaux à se laisser séduire par le courriel. Parents et enfants
apprécient ce moyen de communication qui leur permet d'échanger rapidement une information,
d'autant que les familles se trouvent de plus en plus dispersées, que ce soit à l'échelon
national, ou même à l'international. La multiplication des correspondances électroniques a
même amené une petite révolution dans le monde des administrations. Une ordonnance
française établit d'ailleurs une équivalence juridique entre le courrier
électronique et le courrier sur support papier. L'e-administration devrait d'ailleurs se
généraliser d'ici 2008 ; ce qui ne manquera pas de ravir les écologistes
invétérés.
Le courrier papier n'est pas mort!
Répartition des internautes par continent. (Evolution du nombre d'internautes en millions entre 2000 et 2004)
Pourtant, derrière toutes ces statistiques se cache une réalité plus complexe. Il faut
cependant rappeler que la population mondiale ne compte environ que 20% d'internautes selon les estimations du
Computer Industry Almanac, et ce, répartis inégalement.(cf tableau ci-contre).
Parallèlement, après avoir vécu une période difficile depuis la fin des
années 1990, les services postaux des pays industrialisés connaissent un regain
d'activité. Ainsi, le chiffre d'affaire « courrier » de la poste a eu tendance à
progresser depuis 2004, pour atteindre 10,9 milliards d'euros (+2,6% par rapport à 2003). Comment
expliquer ce sursaut de vitalité ? Une chose semble certaine, loin de se cantonner à un
modèle économique, l'utilisation du service postal traditionnel repose sur des
phénomènes sociologiques, culturels, et politiques qui dépassent parfois les simples
questions de rentabilité. Tant et si bien que les services postaux ont souvent vécu
l'émergence des messageries électroniques comme une opportunité. L'opportunité de
se moderniser, et de proposer des services à plus forte valeur ajoutée, avec une
personnalisation accrue. Paradoxalement la sécurité (ou l'insécurité : spams,
virus) des transactions électroniques effraie encore de nombreux ménages. Le relevé
bancaire électronique est ainsi aujourd'hui loin d'avoir supplanté le support papier, et il
semble avoir encore de l'avenir, au même titre que les factures, les bons de commandes ou l'envoi de
paiements. Le support papier est également vecteur d'émotions. Qui n'a jamais attendu une lettre
avec impatience, fébrilité, anxiété en guettant l'arrivée du facteur ? Il
s'agit d'ailleurs du cheval de bataille des associations philatéliques. « Certes le courrier est
un support pour le timbre. Mais il transporte aussi les joies (naissances mariages...) et les douleurs (perte
d'un être cher...) des familles, mais aussi des évènements particuliers voir historique.
Attention, le philatéliste n'est pas voyeur mais cela fait toujours un petit quelque chose de tomber
sur un courrier un peu particulier. Certains recherchent le timbre en lui-même (neuf ou
oblitéré sur fragment) ou oblitéré sur lettre entière. D'autres
collectionnent les flammes et oblitérations de ce même courrier », analyse
Guénaël Guegan, représentant l'association des philatélistes de Colombes.
L'émergence de nouvelles niches de marché.
De toute évidence, la version électronique du courrier est aujourd'hui loin d'avoir
supplanté les services postaux traditionnels. D'ailleurs, l'histoire nous montre qu'au lieu de les
remplacer, les nouvelles pratiques s'ajoutent souvent aux anciennes et viennent même les
compléter : "Concilier courrier papier et courrier postal est aujourd'hui sans doute le meilleur
outil de communication" explique Mme Deschamps directrice du site Ubidoca. Fondée en 2004 par un
expatrié français ayant vécu 21 ans loin de son pays, la société UBIDOCA
s'est lancée dans cette nouvelle niche de marché. Son activité consiste à
numériser le courrier papier de ses clients, pour la plupart des expatriés ou voyageurs
français, et le met à leur disposition « dans un espace personnel et
sécurisé » afin qu'ils puissent consulter leur courrier papier « dans les
mêmes délais que s'ils étaient encore en France. » Par ailleurs, « Certains de
nos clients ont opté pour la réception et la réexpédition de leur courrier sans
ouverture ni numérisation » ajoute Mme Deschamps. Un exemple concret d'utilisation des formats
papiers et électroniques, qui augure bien de ce que sera le futur. Si le courrier papier n'est pas
encore mort, il devra cependant lutter, s'adapter aux mutations rapides du monde électronique qui offre
de plus en plus de fantaisies telles que le papier à lettre personnalisé. A quand les odeurs
dans nos boîtes de messagerie?
Par PAYET M.Patricia, PAYET Yoann, YEUNG Marie, étudiants en DEUST de webmaster dans le cadre d'un
devoir sur le thème: "Le courrier papier vit-il ses dernières heures?" et
publié sur Ubidoca.com avec l'accord des auteurs.